Un geste à la fois

un court métrage minimaliste

SYNOPSIS

Entre la lessive et l’angoisse du quotidien émane parfois le besoin urgent de parler à quelqu’un. Une vidéo d’art minimaliste sur le deuil, racontée par des mains s’exécutant à l’origami.

« Salut.
Excuse-moi, je te parle pas assez souvent.
Je pensais pas qu’on pouvait être aussi occupé dans une vie d’adulte. »

UN HOMMAGE À MON PÈRE

J’avais 24 ans, quand j’ai perdu mon père. Mais j’ai eu la chance (ou la malchance, je ne sais pas lequel des deux) de m’y préparer. Il était atteint d’Alzheimer depuis environ cinq ans.

J’étais fraîchement sortie de l’école de théâtre et je peux vous confirmer que c’est un moment assez mouvementé dans la vie d’une jeune adulte. Les auditions de quat’sous, les agences qui nous approchent, les premiers contrats, la vraie vie d’artiste qui commence, un emploi à temps partiel à trouver parce que cette vraie vie n’est pas payante… c’était beaucoup à assimiler en quelques semaines. Et puis, un événement s’additionne à ce tourbillon de nouveautés : j’apprends que mon père est transporté de son hébergement à l’hôpital pour une pneumonie. On pense tous qu’il ne s’en sortira pas. Mais mon père, c’est une force de la nature, tout comme ma mère, d’ailleurs. Il réussi à surmonter cette pneumonie, mais pas sans conséquences : ses capacités sont de plus en plus réduites, c’est-à-dire qu’il ne marchera pratiquement plus, qu’il parlera peu et qu’il doit être nourri par un tube. Il est transporté à son hébergement, dans un environnement qu’il connaît et où il est accueilli chaleureusement. Malheureusement, quelques semaines plus tard, la pneumonie le frappe une deuxième fois.

Ma mère me l’annonce au téléphone. L’ayant accompagné d’un bout à l’autre, elle me mentionne qu’il est dans état terrible et qu’elle ne sait pas combien de temps il lui reste. Quelque chose en moi me dit que je dois me rendre sans tarder à l’hébergement. En effet, une fois sur place, j’ai dû constater que je ne l’avais jamais vu aussi mal en point.

Ma mère et moi sommes restées auprès de lui toute la soirée. Tel que pressenti, il s’est éteint ce soir-là vers 21h.

LA LESSIVE, L’ORIGAMI DU QUOTIDIEN

Qui n’a jamais été en contact avec ce morceau de papier carré aux couleurs éclatantes? Que ce soit par le biais d’un parent, d’un ami, d’un professeur ou d’une émission de télévision, quelqu’un nous a montré comment plier délicatement ce papier. Je dois avouer que dès mon jeune âge, j’ai été attirée vers cet art. J’ai souvent rempli mon petit bureau d’élève de ces animaux pliés, certains ratés, d’autres fabriqués à la perfection. Avec l’adolescence, j’ai malheureusement délaissé cet art pour d’autres intérêts (le théâtre, entre autres). Mais j’aime penser que ce qui nous charme dans l’enfance reste enfoui, en quelque part en nous. Comme de fait, cet amour de l’origami a refait surface lors de la confection d’un de mes tableaux pour l’exposition Welcome (Mes amis les animaux), puis pour le tournage du court métrage Un geste à la fois.

Plus on grandit, moins on est en contact avec le jeu. Pour ce qui est du plaisir de l’origami, les seuls objets que nous sommes emmenés à plier au quotidien sont des vêtements, des draps ou des chiffons de vaisselle. Et les papiers que nous manipulons sont des lettres importantes, des factures ou je ne sais quoi d’autre qui meurt bien classé dans une filière. L’art de passer le temps ne se pratique plus au quotidien, devient presque inexistant.

Un geste à la fois parle de ce passage de l’enfance à l’âge adulte au niveau des occupations et du regard extérieur. La voix féminine parle à son père décédé, comme si elle souhaitait obtenir une réponse absolue à propos du deuil et du temps qui passe.

PARLER POUR COMPRENDRE

S’appliquer pour plier, autant pour la lessive que l’origami, est un moment méditatif. On réfléchis au rythme des gestes automatiques, une idée nous mène à l’autre et ainsi de suite.

C’était pendant une séance de pliage de serviettes que j’ai eu un déclic. Il y a parfois de ces jours plus sombres où tout semble stagner et où rien ne paraît être à sa place. Un pli après l’autre, je trouvais que ma vie ne ressemblait en rien à ce que je m’étais promise. L’arrivée dans la trentaine a provoqué chez moi une grande remise en question en plus de constater que le deuil de mon père n’était pas résolu.

Il n’y avait pas grand chose que je pouvais faire sur le moment autre que de nommer ce qui m’angoissait. Je décidai donc de m’asseoir et de prendre le temps d’écrire à mon père, pour la première fois en sept ans.

La narration qui vous est livré dans mon court métrage est cette lettre adressée à mon père.


Réalisation, texte, narration et montage Émilie Sigouin
Corrections sonores Francis St-Germain
Traduction Patrick Langlois

FICHE TECHNIQUE

Durée : 6min 59sec
Type : Vidéo d’art / Expérimentation
Langue : Français
Sous-titres : Anglais
Format : 16:9